Comment comparer deux emballages sans se tromper ?
Comparer deux emballages sans tomber dans les pièges du “feeling” ou du storytelling marketing demande une méthode rigoureuse. Un pack carton “naturel” ou un flacon réutilisable peuvent, dans certains contextes, afficher un bilan environnemental plus mauvais qu’un emballage plastique léger bien conçu.
La bonne approche consiste à mettre les deux options sur la même ligne de départ, à analyser leur cycle de vie complet et à passer systématiquement par une grille de critères objectifs.
Une comparaison n’a de sens que si les deux emballages remplissent exactement la même mission : même quantité de produit, même niveau de protection, même durée de conservation, mêmes conditions de transport et de stockage. C’est ce que les guides d’ACV appellent l’“unité fonctionnelle” : on ne compare pas un litre conditionné ici avec 750 ml emballés ailleurs, ni une protection e‑commerce avec un pack pour linéaire magasin.
La première étape consiste donc à définir clairement cette fonction de référence : par exemple “protéger et livrer 1 litre de boisson réfrigérée sur 1 000 km” ou “expédier un objet fragile de 500 g en e‑commerce sans casse”. Tant que cette unité n’est pas stabilisée, toute comparaison matière contre matière est biaisée par des différences cachées (volume, durée de vie, contraintes logistiques).
2. S’appuyer sur l’Analyse du Cycle de Vie plutôt que sur l’intuition
L’Analyse du Cycle de Vie (ACV), normalisée par les standards ISO 14040/14044, reste l’outil le plus fiable pour comparer deux solutions de packaging. Elle décompose l’impact en quatre grandes phases :
extraction et production des matières premières,
fabrication de l’emballage (énergie, eau, déchets),
transport et logistique (poids, volume, distances, modes),
usage et fin de vie (réutilisation, recyclage, incinération, enfouissement).
Les méta-analyses d’ACV sur les systèmes d’emballage montrent que se focaliser sur un seul indicateur (matière biosourcée, taux de recyclage théorique, poids) conduit souvent à des conclusions erronées. Une ACV bien cadrée permet au contraire de comparer deux options “à service rendu équivalent” sur plusieurs impacts (carbone, eau, ressources, pollution) et de voir où se situent réellement les écarts.
3. Passer au crible les six critères opérationnels clés
Pour un usage terrain, on peut transformer la logique ACV en une checklist simple à appliquer en amont ou en complément d’une étude complète.
3.1 Poids total de l’emballage
À contenu équivalent, un emballage plus lourd consomme plus de matière, d’énergie de production et de carburant au transport. Les guides d’écoconception européens recommandent systématiquement de réduire le grammage et l’épaisseur “au minimum nécessaire” pour atteindre la fonction, car tout kilo évité se traduit par une baisse d’impact à chaque étape du cycle de vie.
Lors d’une comparaison, commencer par peser chaque solution (corps + bouchon + calage éventuel) donne un premier indicateur fort sur le potentiel de réduction des émissions, surtout pour les produits expédiés loin ou en grandes séries.
3.2 Volume et poids volumétrique
Le volume occupe une place centrale dans l’empreinte transport, notamment en e‑commerce et en logistique palette. Un emballage léger mais volumineux dégrade le taux de remplissage des camions, augmente le “poids volumétrique” facturé par les transporteurs et peut générer davantage de trajets pour une même quantité de produit livrée.
Les recommandations récentes liées au futur règlement européen sur les emballages (PPWR) insistent sur la réduction des vides et l’optimisation des formats (right‑sizing). Lors d’une comparaison, il faut donc regarder : ratio produit/emballage, taux de vide, empilabilité, compatibilité palettes.
3.3 Complexité et nombre de matériaux
Les emballages mono-matériau (un seul plastique, un seul type de carton, verre seul, métal seul) sont beaucoup plus simples à trier et à recycler que les multicouches et assemblages complexes. Les directives européennes prévoient d’ailleurs de restreindre progressivement les packs mélangeant plusieurs matériaux non séparables, car ils bloquent les filières classiques.
Lors d’un choix, on évalue donc :
nombre de matériaux différents,
présence de couches barrières, vernis, encres métalliques, fenêtres plastiques,
possibilité réelle de séparation par l’utilisateur (bouchon, pompe, film, étiquette).
Plus la structure est simple, plus la probabilité de recyclage réel augmente.
3.4 Taux de recyclage réel et filières disponibles
La recyclabilité théorique ne suffit pas : il faut regarder les taux de recyclage effectifs par matériau et par pays. Par exemple, au sein de l’UE, le papier-carton atteint en moyenne plus de 80% de recyclage, le verre et les métaux tournent autour de 75%, alors que les plastiques restent juste au-dessus de 40%.
Un emballage en matériau “A” théoriquement recyclable à 95% mais qui, dans la réalité locale, n’est recyclé qu’à 20% perd largement son avantage par rapport à un matériau “B” dont 70–80% des flux sont réellement valorisés. Lors d’une comparaison, il faut donc raisonner sur la réalité des filières dans les pays de vente, pas sur les promesses du fournisseur.
3.5 Durée de vie et nombre d’usages pour le réutilisable
Un emballage réutilisable n’affiche un meilleur bilan qu’à partir d’un certain nombre de rotations, parfois élevé. Les ACV comparant jetable et réutilisable montrent que si un contenant doit être employé 15 à 20 fois pour “amortir” la matière et les lavages, mais qu’en pratique il n’est utilisé que 3 ou 4 fois, son bilan global peut être plus mauvais qu’un bon emballage recyclable à usage unique.
Comparer deux systèmes implique donc de se demander :
quel est le coût environnemental du lavage, du retour, du reconditionnement ?
Sans ces données, choisir “réutilisable” uniquement pour l’image peut conduire à un impact supérieur.
3.6 Impact sur le produit lui-même
Un emballage qui protège mal le produit génère de la casse, des retours, du gaspillage et des remplacements. Or, l’ACV montre souvent que l’empreinte du produit contenu dépasse largement celle du packaging, surtout en alimentaire, cosmétique ou électronique.
Dans une comparaison, il faut donc intégrer : taux de casse, pertes en transport, durée de conservation réelle, sensibilité du produit. Un pack ultra léger mais responsable de 5% de produits gâchés peut au final être bien plus mauvais qu’une solution un peu plus lourde, mais fiable.
4. Déjouer les trois biais qui faussent presque toutes les décisions
4.1 Le biais “matière = verdict”
Associer spontanément “carton = bien, plastique = mal” ou “verre = écologique” reste très répandu. Pourtant, des ACV comparatives montrent que, dans certaines conditions (longues distances, forte logistique, multiples manipulations), un plastique léger peut afficher une empreinte carbone inférieure à celle d’un verre lourd ou d’un carton surdimensionné.
Un carton plus lourd, importé de loin, imprimé lourdement, avec beaucoup de vide peut avoir un impact supérieur à un pack plastique local bien optimisé et correctement recyclé.
4.2 Le biais marketing des allégations “vertes”
“Biosourcé”, “compostable”, “100% recyclable”, “éco‑conçu” : ces mentions, désormais encadrées par les textes européens sur les allégations environnementales, ne disent rien du transport, de l’usage réel ni des filières locales.
Un plastique compostable en conditions industrielles mais collecté avec les ordures résiduelles, sans filière de compostage disponible, ne tient pas sa promesse. De même, un matériau “100% recyclable” mais très peu recyclé en pratique reste un trompe‑l’œil. Ces termes ne peuvent servir qu’en complément d’une analyse complète, jamais comme critère principal.
4.3 Le biais émotionnel des matériaux “nobles”
Le verre, le métal ou certains papiers bruts véhiculent une image forte de naturalité et de durabilité. Pourtant, le verre, par exemple, est énergivore à produire, lourd à transporter et fragile. Son intérêt environnemental dépend fortement du taux de réemploi, des distances parcourues et de l’efficacité des systèmes de collecte.
Là encore, seul un raisonnement par ACV ou par critères objectifs (poids, volume, filières, usages) permet de dépasser l’effet “matière noble”.
5. Méthode terrain : 8 questions pour trancher quand on n’a pas d’ACV
Lorsque le budget ou le temps ne permettent pas une ACV complète, une grille simplifiée aide à comparer deux options de manière structurée :
Lequel est le plus léger à fonction identique ?
Lequel occupe le moins de volume (taux de vide, palettisation) ?
Lequel est le plus simple en termes de matériaux (mono-matériau ou facilement séparable) ?
Lequel est réellement recyclé dans les pays où il sera vendu (données filières) ?
Lequel protège le mieux le produit (moins de casse, meilleure conservation) ?
Lequel évite le suremballage ou les accessoires inutiles ?
Lequel est le plus en phase avec les futures normes européennes (réduction, recyclabilité, fin des multicouches) ?
Lequel propose un message simple et compréhensible pour l’utilisateur (tri, réemploi, consignes) ?
L’emballage qui coche le plus de réponses positives, en tenant compte de votre contexte logistique réel, est généralement le meilleur candidat.
6. Illustration rapide : verre lourd vs plastique léger
Si l’on reprend cette grille pour comparer une bouteille en verre et une bouteille en plastique léger à fonction équivalente (même volume, même boisson, même distance) :
Poids : verre lourd vs plastique léger → avantage plastique sur le transport.
Volume : formats souvent comparables ; si le plastique est plus compact, avantage renforcé.
Recyclabilité : verre très bien recyclé, plastique dépendant des pays.
Taux réel de recyclage : le verre atteint souvent 70–80%, les plastiques autour de 40% en moyenne dans l’UE.
Casse : risque non négligeable pour le verre, quasi nulle pour le plastique.
Selon la distance, le mode de distribution et la qualité des filières locales, le plastique léger peut donc présenter une empreinte carbone plus faible, malgré une image moins flatteuse.
En pratique, comparer deux emballages sans se tromper revient à traiter le packaging comme un système : même service rendu, cycle de vie complet, six critères clés passés au crible et méfiance vis‑à‑vis des raccourcis matière ou marketing. Celui qui optimise le mieux l’ensemble (ressources, logistique, fin de vie, protection du produit) est, dans votre contexte précis, le plus durable.
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