
Pourquoi “certifié” ne veut pas toujours dire écologique
Pourquoi “certifié” ne veut pas toujours dire écologique Le consommateur moderne se retrouve souvent submergé par une avalanche de logos verts, de feuilles stylisées et
La promesse “emballage recyclable” donne l’impression qu’un déchet trouvera automatiquement une seconde vie, alors que la majorité finit encore en incinération ou en enfouissement. Dans l’Union européenne, seulement 41% des déchets d’emballages plastiques sont effectivement recyclés, et la France reste en bas du classement avec environ 25–27% de recyclage des emballages plastiques, loin des objectifs annoncés.
Ce décalage massif entre recyclable et réellement recyclé tient à un ensemble d’obstacles techniques, économiques, logistiques et comportementaux.
Nos emballages durables :
Une grande partie des emballages dits “recyclables” sont fabriqués à partir de matériaux composites ou multicouches difficiles à traiter : plastiques mélangés, association plastique/aluminium, cartons plastifiés, barquettes avec film soudé, etc. Ces structures répondent à des contraintes marketing ou de performance (barrière, brillance, transparence), mais elles perturbent gravement le tri et le recyclage.
Dans la pratique, les centres de tri et les recycleurs privilégient les flux mono-matériaux faciles à identifier (bouteilles PET, flacons PE, verre, métal) et écartent beaucoup d’objets techniquement “recyclables” mais non recyclés faute de filière ou de rentabilité. Le logo de recyclage sur un emballage décrit une possibilité, pas une réalité industrielle dans chaque pays ou territoire.
À l’échelle de l’UE, le taux global de recyclage des déchets d’emballages atteint environ 65%, tous matériaux confondus, mais le plastique reste le maillon faible avec 41% en 2022. Les pays ne sont pas égaux : certains dépassent 50–60% de recyclage des plastiques, quand d’autres, comme la France, stagnent autour de 25%.
Ces chiffres révèlent des équipements inégaux, des centres de tri parfois obsolètes, des capacités de recyclage saturées ou absentes pour certains types de plastiques souples ou complexes. Même collectés, de nombreux emballages finissent orientés vers l’incinération ou l’export parce que les installations locales ne peuvent pas les transformer en matière recyclée de qualité.
Le recyclage doit rester économiquement viable : si la matière recyclée est plus coûteuse ou de moins bonne qualité que la matière vierge, les industriels ont peu d’incitation à l’utiliser. Les données européennes montrent que, malgré une légère progression du taux de recyclage des plastiques, la quantité de déchets générés continue d’augmenter, ce qui dilue les efforts.
Les coûts fixes de collecte, tri, lavage, granulation, combinés à des marchés du plastique très sensibles au prix du pétrole, rendent la matière recyclée parfois plus chère que le plastique vierge, surtout quand les volumes sont faibles ou hétérogènes. Le résultat : des emballages conçus “recyclables” qui ne trouvent pas preneur côté industrie, faute de débouchés stables.
Le premier filtre, avant même les centres de tri, reste le geste de tri du citoyen. Une part importante des emballages recyclables finit encore dans les ordures résiduelles, par manque d’information, de confiance ou de praticité. En France, le taux de recyclage des plastiques ménagers peinait à dépasser 27% en 2019, avec de forts écarts selon les territoires.
Même lorsque les emballages sont mis dans la bonne poubelle, les erreurs de tri (matières interdites, objets trop sales, formats non reconnus) augmentent les refus en centre de tri. Les nouvelles technologies (capteurs, intelligence artificielle) améliorent la reconnaissance, mais les volumes mixtes et la contamination rendent inévitable le rejet d’une part non négligeable de flux théoriquement recyclables.
Les études montrent que la majorité des consommateurs se fient aux logos de recyclage pour décider où jeter un produit : 78% regardent les informations sur l’emballage pour orienter leur geste de tri.
Pourtant, 63% déclarent rester confus après avoir lu le label, et 82% se sentent trompés lorsqu’ils découvrent qu’un produit marqué “recyclable” ne sera en réalité pas recyclé dans leur système local. Ce décalage nourrit une forme de lassitude : certains finissent par se désengager du tri, convaincus que “tout part à la poubelle”.
Entre symboles génériques (flèches de Möbius), logos propres à certaines filières, codes locaux et labels privés, la signalétique du recyclage est devenue un véritable casse-tête. De nombreux emballages affichent le symbole “recyclable” au sens matériau, alors que le format, la taille ou la présence d’éléments perturbateurs (pompes, films, encres métalliques) rendent la valorisation improbable.
Les acteurs du secteur plaident désormais pour des “étiquettes dynamiques” indiquant la recyclabilité réelle selon le pays ou la région, afin d’éviter le fossé entre promesse marketing et capacité de traitement. Tant que cette granularité manque, “recyclable” reste pour beaucoup un mot-valise plus qu’une garantie opérationnelle.
Lorsque les emballages ne remplissent pas les critères techniques ou économiques du recyclage, ils basculent vers d’autres exutoires : incinération avec récupération d’énergie, enfouissement, ou export vers des pays tiers. Les statistiques européennes indiquent que, malgré un taux global de recyclage des emballages relativement élevé, une part conséquente finit encore en déchets ultimes.
Les changements méthodologiques récents en France, qui ne comptabilisent plus que les tonnages effectivement transformés en matière recyclée, ont réduit le taux officiel de recyclage des emballages ménagers à environ 65,5%, contre plus de 70% auparavant, en excluant les impuretés et matières non réellement recyclées. Cet ajustement confirme que beaucoup d’emballages “recyclables” n’allaient pas jusqu’au matériau recyclé.
Les données Eurostat révèlent un contraste marqué entre matériaux : près de 80–86% des emballages en verre et en acier sont recyclés, alors que le plastique plafonne autour de 41% à l’échelle européenne, et encore moins dans certains pays.
Cette différence s’explique par la diversité des polymères, la présence d’additifs, la légère valeur matière de certains plastiques souples, et le fait que la collecte et le tri des petits formats ou films restent techniquement et économiquement difficiles. Un emballage plastique peut être théoriquement recyclable, mais jugé non rentable ou trop complexe à traiter, ce qui le condamne à l’incinération.
Lorsque les consommateurs apprennent que leur geste de tri ne garantit pas un recyclage effectif, la confiance dans le système se fissure. Les études de The Recycling Partnership montrent que 82% considèrent comme malhonnête d’afficher “recyclable” si l’objet ne sera pas réellement transformé en nouveau produit, et que cette dissonance peut décourager leur participation au tri.
Cette “recycling fatigue” menace la coopération nécessaire au bon fonctionnement du système. Si l’effort perçu ne correspond pas au résultat réel, l’engagement citoyen s’affaiblit, ce qui aggrave encore le problème en réduisant la quantité et la qualité des flux collectés.
Plusieurs leviers permettent de réduire cet écart :
Tant que ces conditions ne sont pas réunies, “recyclable” restera principalement une promesse de potentiel, tandis que la réalité technique, économique et comportementale continuera d’envoyer une large majorité d’emballages… à la poubelle plutôt qu’en boucle circulaire.
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